La question posée est presque toujours la même : quel produit ouvrir pour préparer sa retraite ? C'est la mauvaise question, et elle explique une bonne partie des déceptions constatées vingt ans plus tard.
Préparer sa retraite ne consiste pas à choisir une enveloppe. Cela consiste à répondre à une question de trésorerie, posée sur trente ans : à partir de telle date, il faudra remplacer un revenu par un autre, produit par un capital, pendant une durée que personne ne connaît à l'avance.
Formulée ainsi, la préparation cesse d'être un sujet de produit pour devenir un sujet de trajectoire. Et les questions changent d'ordre.
Commencer par le besoin, pas par le capital
Le point de départ n'est pas le montant que vous pouvez épargner. C'est l'écart que vous aurez à combler.
Cet écart se calcule en trois temps. D'abord, le niveau de dépenses que vous souhaitez maintenir, étant entendu qu'il diffère de vos dépenses actuelles : certains postes disparaissent, comme un crédit immobilier ou les charges liées aux enfants, d'autres apparaissent, notamment de santé et d'aide à domicile. Ensuite, les revenus déjà acquis : pensions des régimes obligatoires, revenus fonciers, éventuels loyers d'un local professionnel. Enfin, la différence entre les deux, qui est le seul chiffre qui compte.
Tant que cet écart n'est pas chiffré, toute décision de produit est une décision prise à l'aveugle.
Cet exercice a un mérite immédiat : il transforme une inquiétude diffuse en un nombre. Et un nombre se traite.
L'ordre de grandeur à connaître
Pour produire un revenu complémentaire donné, le capital nécessaire dépend du taux de retrait retenu. Un retrait annuel de 4 % suppose un capital vingt-cinq fois supérieur au revenu recherché ; à 3 %, il faut trente-trois fois ce revenu. Ce ne sont pas des promesses de rendement, mais des règles de dimensionnement : elles disent l'ampleur de l'effort, pas le résultat.
Notre simulateur d'épargne retraite chiffre cet écart dans les deux sens : le capital nécessaire pour un revenu complémentaire donné, ou le revenu que produit un effort d'épargne mensuel. Le calcul est détaillé sous le simulateur, chiffre par chiffre.
L'horizon commande l'allocation, pas l'inverse
Une erreur fréquente consiste à raisonner comme si la retraite était une date, alors qu'elle est une période. Le jour du départ, votre capital n'est pas consommé : il doit encore financer vingt, vingt-cinq, parfois trente années.
Cette évidence a une conséquence directe sur l'allocation. À cinquante-cinq ans, l'horizon d'un capital destiné à financer la fin de vie n'est pas de dix ans : il est de trente-cinq. Un basculement intégral vers des supports sans risque à l'approche du départ protège contre la volatilité des cinq années suivantes, et expose à l'érosion monétaire des vingt-cinq d'après. Le risque n'est pas supprimé, il est échangé contre un autre, moins visible.
La réponse habituelle consiste à segmenter le capital par échéance de besoin plutôt que par âge : une poche de liquidités couvrant deux à trois années de dépenses, une poche intermédiaire pour les cinq à dix ans suivants, et une poche longue qui reste exposée aux actifs de croissance parce qu'elle ne sera consommée que dans quinze ou vingt ans. Chaque poche a son horizon, donc son niveau de risque.
La sortie compte autant que l'entrée
Presque toute l'attention se porte sur la phase de constitution. La phase de consommation est pourtant celle où les erreurs coûtent le plus cher, pour une raison peu intuitive.
Pendant la constitution, une baisse de marché est une opportunité : les versements suivants achètent moins cher. Pendant la consommation, la même baisse est une perte définitive, parce que les retraits vendent des parts au plus mauvais moment et que le capital restant ne bénéficiera pas du rebond. C'est ce que l'on appelle le risque de séquence : deux investisseurs peuvent connaître exactement le même rendement moyen sur vingt ans et finir avec des résultats radicalement différents, selon que les mauvaises années sont survenues au début ou à la fin de leurs retraits.
D'où l'utilité de la poche de liquidités évoquée plus haut : elle permet de ne pas vendre pendant une phase de baisse, et de laisser au reste du portefeuille le temps de se reconstituer. Ce n'est pas un raffinement, c'est le cœur du sujet.
Et les enveloppes, alors ?
Elles arrivent en dernier, et c'est très bien ainsi. Une enveloppe n'est ni bonne ni mauvaise en soi : elle est adaptée ou non à un usage.
- Un plan d'épargne retraite offre un avantage à l'entrée, en contrepartie d'un blocage jusqu'à la retraite, sous réserve des cas de déblocage anticipé. Son intérêt dépend directement de votre taux marginal d'imposition aujourd'hui comparé à celui que vous anticipez demain.
- Une assurance-vie offre une souplesse de retrait à tout moment, une fiscalité qui s'améliore avec l'ancienneté du contrat, et un régime spécifique en matière de transmission.
- Un compte-titres n'offre aucun avantage fiscal particulier, mais aucune contrainte non plus : il accepte tous les supports et reste disponible.
- L'immobilier locatif produit un revenu régulier, se finance à crédit, et se paie en illiquidité, en fiscalité des revenus fonciers et en gestion.
Aucune de ces enveloppes n'est un placement : ce sont des contenants. La performance vient de ce que l'on met dedans et de la durée pendant laquelle on l'y laisse. Un plan d'épargne retraite investi en fonds euros à quarante ans et une assurance-vie investie en actions internationales n'ont pas le même profil, quelle que soit l'enveloppe.
Le choix de l'enveloppe est une question fiscale et juridique. Le choix de l'allocation est une question d'horizon et de risque. Les confondre est la source la plus fréquente des mauvais arbitrages.
Le cas particulier du dirigeant
Pour un chef d'entreprise, la difficulté se déplace. La retraite ne se prépare pas seulement par l'épargne, mais aussi par l'entreprise elle-même, qui représente souvent l'essentiel du patrimoine et dont la cession est censée financer l'après.
Cette configuration concentre deux risques au même endroit. Le revenu présent et le capital futur dépendent du même actif, dont la valeur reste incertaine jusqu'au jour de la vente, et dont la liquidité dépend d'un marché d'acquéreurs. Une préparation sérieuse suppose donc de construire, en parallèle, un patrimoine qui ne dépende pas de l'entreprise. C'est rarement le réflexe naturel, parce que chaque euro sorti de la société paraît un euro qui manque à son développement.
Ce qu'il faut en retenir
Chiffrez l'écart avant de choisir un contenant. Raisonnez en horizons multiples plutôt qu'en date de départ. Prévoyez la phase de consommation dès la phase de constitution. Et n'attendez pas la clarté : le principal déterminant du résultat final n'est ni l'enveloppe, ni la performance, mais le nombre d'années pendant lesquelles le capital aura travaillé.
La seule variable que vous contrôlez entièrement, c'est celle-là.
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Cet article a une vocation générale et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement, ni une incitation à acheter ou à céder un instrument financier. Il ne tient compte ni de votre situation, ni de vos objectifs, ni de votre horizon, ni de votre tolérance au risque. Tout investissement comporte un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Rédigé par Tirtha Financial Advisory.